Colis Privé reprend une partie de l’activité de Milee

Ecrit par Colosse

Spécialiste e-commerce et logistique

Colis Privé a repris partiellement les activités de Last Smile Partner (LSP), la branche livraison de colis de la société Milee placée en redressement judiciaire le 30 mai 2024. Cette opération, approuvée le 26 juillet 2024 par le tribunal de commerce de Marseille, permet au spécialiste de la livraison à domicile et en relais d’intégrer 301 employés dont 272 chauffeurs-livreurs, 162 véhicules de livraison et 27 antennes de distribution sur le territoire français. Cette acquisition stratégique s’inscrit dans la volonté de Colis Privé, filiale de CEVA Logistics, d’internaliser ses opérations de livraison pour améliorer la qualité de service tout en sauvegardant environ la moitié des emplois de LSP qui effectuait déjà des livraisons pour son compte.

Le contexte du redressement de Milee

La société Milee, anciennement Adrexo, spécialisée dans la distribution de prospectus publicitaires dans les boîtes aux lettres, traversait une crise profonde depuis plusieurs années. En mars 2024, l’entreprise avait annoncé un plan de licenciement de 3 700 postes avant d’être placée en redressement judiciaire le 30 mai 2024 par le tribunal de commerce de Marseille. Cette procédure concernait également sa filiale Adrexo Production, témoignant de difficultés structurelles majeures menaçant l’emploi de près de 10 000 salariés.

Plusieurs facteurs ont conduit à cette situation critique. L’effondrement du marché de la distribution de prospectus publicitaires, accéléré par les politiques anti-gaspillage et le développement du digital, a érodé le cœur de métier historique de Milee. L’entreprise a également subi l’inflation, la hausse des prix du carburant et les revalorisations automatiques du SMIC qui ont alourdi ses charges d’exploitation. Enfin, Milee faisait face à un passif fiscal et social important, nécessitant un moratoire de 31 millions d’euros obtenu en 2023.

La vente antérieure de Colis Privé, qui était auparavant une filiale rentable du groupe, avait privé Milee de sa principale source de profit et de synergies. Selon les syndicats, Milee restait liée à Colis Privé par un contrat de prestation à pertes établi lorsque les deux entités appartenaient au même groupe, aggravant encore sa situation financière. Cette dépendance commerciale défavorable a contribué à l’impossibilité de redresser durablement l’entreprise malgré les plans de restructuration successifs.

Notre conseil : si vous gérez une entreprise en difficulté, identifiez rapidement les actifs ou branches d’activité susceptibles d’intéresser des repreneurs pour sauvegarder les emplois et préserver une partie de la valeur créée, plutôt que d’attendre une liquidation totale.

Voir  Qu'est-ce qu'une prestation logistique ?

Les détails de la reprise par Colis Privé

L’offre de reprise partielle de Colis Privé porte sur des moyens humains et matériels ciblés permettant d’internaliser les opérations de livraison précédemment sous-traitées à Last Smile Partner. L’intégration de 301 employés, dont 272 chauffeurs-livreurs, représente une augmentation de 50% des effectifs de Colis Privé qui passent ainsi de 650 à près de 1 000 collaborateurs. Cette croissance des effectifs traduit une stratégie d’internalisation plutôt que de recours systématique à la sous-traitance.

La reprise inclut également 162 véhicules de livraison qui viennent compléter la flotte existante, ainsi que 27 antennes de distribution stratégiquement réparties sur le territoire. Ces infrastructures permettent à Colis Privé de renforcer sa présence géographique dans des zones clés et d’améliorer sa couverture nationale. Cette dimension matérielle de la reprise assure la continuité opérationnelle sans nécessiter d’investissements immédiats en équipements.

Les bénéfices stratégiques pour Colis Privé sont multiples :

  • Amélioration de la qualité de service par une meilleure maîtrise des processus de livraison
  • Réduction de la dépendance aux sous-traitants et des coûts associés à long terme
  • Renforcement du positionnement concurrentiel face aux acteurs majeurs du secteur
  • Sécurisation des capacités de livraison dans un marché en forte croissance

Bernard de Guillebon, directeur général de Colis Privé, a déclaré : « Accueillir une partie de ces collaborateurs dans nos effectifs rejoint les objectifs que nous nous sommes fixés et qui s’appuient sur l’amélioration de la qualité de service pour encore mieux servir nos clients et devenir la référence en matière de livraison de colis. » Cette ambition s’inscrit dans la trajectoire de croissance de l’entreprise qui a livré 76 millions de colis en 2023.

L’issue défavorable pour Milee

Malgré cette cession partielle d’activité, Milee n’a pas pu éviter la liquidation judiciaire. Le 9 septembre 2024, le tribunal de commerce de Marseille a converti la procédure de redressement en liquidation judiciaire, faute pour les sociétés Milee et Adrexo Production de disposer d’une trésorerie suffisante pour assurer le financement de la poursuite de leur activité. Cette décision a entraîné le licenciement de l’ensemble des salariés restants et la cessation définitive des activités à compter du 9 septembre 2024 à 0 heure.

Cette issue dramatique illustre l’ampleur de la crise qui a frappé le secteur de la distribution de prospectus. En deux mois seulement, 10 000 postes ont été supprimés, constituant l’un des plans sociaux les plus importants de l’année 2024 en France. Les organisations syndicales ont dénoncé l’impossibilité structurelle de redresser une entreprise dont le modèle économique était devenu obsolète face aux évolutions des comportements de consommation et de la réglementation environnementale.

Voir  Les défis de la supply chain en 2025 : comment s’adapter aux nouvelles contraintes ?

La liquidation a également touché d’autres filiales du groupe Hopps, dont la société « 150 € », un nouveau média dédié au pouvoir d’achat lancé quelques mois auparavant et placé en redressement judiciaire dès le 5 juillet 2024. Cette multiplication des défaillances au sein du groupe témoignait d’une situation financière irrémédiablement compromise, où même les tentatives de diversification n’ont pas permis de compenser l’effondrement du cœur de métier historique.

Quelles leçons pour les entreprises en difficulté ?

Le cas Milee illustre l’importance cruciale d’anticiper les mutations sectorielles avant qu’elles ne rendent impossible tout redressement. L’entreprise a tenté de se diversifier tardivement dans la distribution de courrier et le développement d’un média promotionnel, mais ces initiatives n’ont pas permis de compenser suffisamment rapidement la chute des revenus de l’activité historique. Une transformation plus précoce et plus radicale du modèle d’affaires aurait peut-être offert davantage de chances de survie.

La cession d’actifs rentables comme Colis Privé, même si elle a permis de générer de la trésorerie à court terme, a privé le groupe de sa principale source de rentabilité et de perspectives de croissance. Cette stratégie de désinvestissement, souvent nécessaire pour faire face aux urgences financières, peut créer un cercle vicieux où l’entreprise se retrouve dépourvue de relais de croissance pour son redressement. Plus facile à dire qu’à faire ? Certes, mais maintenir un équilibre entre génération de trésorerie immédiate et préservation des actifs stratégiques constitue un enjeu vital en situation de crise.

Vous le savez, mais rappelons que les procédures collectives offrent des opportunités de reprise partielle qui permettent de sauvegarder une partie des emplois et du savoir-faire. Dans le cas présent, la reprise par Colis Privé a sauvegardé environ 300 postes sur les 10 000 que comptait le groupe, soit seulement 3% des effectifs totaux. N’hésitez pas à identifier très tôt les actifs ou compétences de votre entreprise susceptibles d’intéresser des repreneurs potentiels, et à documenter rigoureusement leur valeur et leur rentabilité pour faciliter leur cession en cas de difficultés, transformant ainsi une situation de détresse en opportunité partielle de préservation d’emplois et de compétences même si l’ensemble de l’entreprise ne peut être sauvé.